2020-10-08

Emile ZOLA : Germinal - Les Rougon-Macquart #13

Une des grandes grèves du siècle dernier racontée par un journaliste de génie qui en a fait un réquisitoire, un formidable «J'accuse» contre le capital, le roman de la lutte des classes et de la misère ouvrière. Un livre de nuit, de violence et de sang, mais qui débouche sur l'espoir d'un monde nouveau lorsque le héros, Étienne Lantier, quittant la mine «en soldat raisonneur de la révolution», sent naître autour de lui une «armée noire, vengeresse... dont la germination allait bientôt faire éclater la terre».
Germinal marque l'éveil du monde du travail à la conscience de ses droits et c'est au cri sans cesse repris de «Germinal ! Germinal !» que la délégation des mineurs de Denain accompagna le convoi funèbre de Zola à travers les rues de Paris.

Ce roman, publié en 1885, a été écrit après une grande grève de mineurs (à Denain) en 1884. Oh, allons-y à fond : c'est un chef-d'oeuvre, relu grâce à une lecture commune sur Goodreads initiée par Pauline.

Je l'avais déjà lu au lycée, j'avais regardé le film de Claude Berri avec Renaud, et avais réussi à m'en souvenir malgré les années passées, c'est dire s'il marque. Par contre, j'avais oublié ce qu'était le mouvement naturaliste à force de lire, ces derniers temps, des classiques victoriens beaucoup plus... inhibés ! Mais du coup, la lecture était rafraîchissante - si j'ose dire, différente et stimulante pour un vieux classique, malgré quelques longueurs parfois.

Il n'y a pas de héros dans ce roman. pas de chevalier en blanche armure, mais des êtres humains faillibles et merveilleux. Les propriétaires miniers et ceux qui sont de leur classe ne sont pas tous d'affreux salauds (même Négret est un peu remonté dans mon estime vers la fin), les mineurs et leurs familles ne sont pas des anges, j'aime que tout le monde puisse évoluer, ne pas rester figé dans un stéréotype. C'est un cliché, je sais, mais certains sont capables du pire (Maigrat) comme du meilleur (solidarité, courage). D'après le dossier à la fin du livre, il semble que Zola voulait faire d'Etienne une sorte de psychopathe, le fruit de ses ancêtres, mais apparemment, c'est Jeanlin, un petit garçon, qui a récolté ce rôle. Ce gosse fait peur, mais est-il totalement responsable de ce qu'il est vu le milieu dans lequel il évolue ?

Les conditions de vie sont révoltantes, terribles, inhumaines, les personnages sont fouillés, les événements criants de vérité, les problèmes idéologiques soulevés font réfléchir. C'était l'époque de l'Internationale, de l'anarchisme (Souvarine). Un petit bémol, cependant, en ce qui concerne les femmes, souvent blâmées d'attiser les querelles, de colporter des ragots : les hommes ne valent pas mieux ! L'époque, évidemment, mais bon. Les mineurs sont souvent dépeints comme des animaux, mais la mine elle-même est comparée à une bête tapie et malfaisante prête à les dévorer. L'histoire est très sombre, comment pourrait-il en être autrement ? Mais l'espoir germe à la fin. (Et il y a un très bon dossier thématique et biographique à la fin dans l'édition Folio classique).

J'avais prévu de lire (ou relire) les Rougon-Macquart en entier, je ne pensais pas commencer par Germinal. Je vais donc reprendre le premier tome dans quelques temps (l'année prochaine ?) et j'ai hâte de découvrir l'origine de cette fameuse lignée.


Added 10/28/2020 : I linked below a video on Germinal by Laurane Macquart, she makes an interesting comparison between Germinal and another, more recent book, by François Bon.



2 comments:

  1. This answers my question from your Classics Club lists - Do you read the French classics in French? yes you do :-)

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    1. I'm French, so it helps a lot, lol ;)

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